Dans tes bras

Dans tes bras, aux Éditions de parfums Frédéric Malle.

Betty Threatt, par Louise Dahl-Wolfe.

ʻDans tes brasʼ est le parfum de l’absence; d’une absence interdite. Ce manque du corps aimé s’insinue insidieusement jusqu’à suggérer une douce tristesse, qu’accentue la rencontre improbable d’une violette lancinante et d’un encens voluptueux. Le confrontation de ces contraires olfactifs ne peut que tirailler l’esprit et les sens et, ainsi, les abîmer dans une torpeur nostalgique. Et ni l’éphémère des notes de têtes, ni la brutalité de l’encens, ne briseront la monotonie d’une violette, qui, faussement timide, instille implacable une mélancolie triste; son déroulement linéaire, monotone presque, l’exacerbe.

Dans cette atmosphère grise et irréelle, je m’étonne que certains devinent dans ce sillage “une peau chaude„, ou y espèrent “une sensualité intime„. Si de telles impressions se perçoivent, elles ne peuvent être que les réminiscences d’instants heureux, mais, aujourd’hui, évanouis. Et pourtant, certains s’entêtent.

Si je me trompais? Et si la complexité d’une composition qui, d’un épiderme l’autre, distingue jusqu’à se contredire, m’égarait? Et si ʻDans tes brasʼ n’était qu’un révélateur inflexible de nos humeurs, de nos pensées? Cette composition ne serait, donc, ni le parfum des élégances, ni celui d’une mode – ou d’une époque -, mais une pure création abstraite. Dont le sens ne serait donné ni par son créateur, encore moins par les critiques, mais par la peau imprégnée; et par elle seule.

Dans tes bras, Maurice Roucel, Éditions de parfums Frédéric Malle, 2008.

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