In the mood for love

In the mood for love, de Wang Kar-wai.

Tony Leung Chiu-wai, in ʻIn the mood for loveʼ

L’esthétique hyper-construite de ce film compose un contraste sidérant. L’antagonisme entre une forme maîtrisée et un fond abyssal imprime aux émotions le mouvement d’une chute infinie; l’angoisse irraisonnée de sentiments étouffés s’exacerbe. Ni la légèreté des premiers instants, des premières tentations, ni l’oppression d’une perte inéluctable, ne distraient la rigueur chirurgicale du réalisateur.

Le spectateur, qui se confronte à cette œuvre, se doit d’être soit un esthète insensible et désabusé, soit un inconscient. Certains veulent y voir une atmosphère mélancolique. Ils sont d’un romantisme niais. Ce film est une tentation suicidaire. Le toxique, qu’il instille dans les veines, ne se dilue pas, il se concentre jusqu’à être létal. Poison insidieux et cruel, il ne tue pas. Cela serait si doux. Non, il avive les sens, corrode la lucidité, érode la raison. Il aliène, donc. Et les atteintes du mal sont irréversibles.

L’esthète se délectera du sublime de la lente, mais inéluctable, agonie de cet homme et de cette femme. L’inconscient, lui, méconnaîtra parfaitement l’intensité de cette déchéance. Il s’efforcera – et y réussira – à se rasséréner d’une impossibilité amoureuse, qui ne peut être que le dévoiement pathologique d’un sentiment si noble. Quel imbécile. L’amour n’est ni beau, ni serein; d’ailleurs, les amants y tombent, ils ne s’y élèvent pas.

Dans un ultime sursaut de vitalité – tétanie pre-mortem -, l’homme s’isole dans une chambre – la 2046 – d’un hôtel quelconque. La fuite est illusoire. Au rythme d’un leitmotiv musical entêtant, la folie d’une interrogation ressassée ad nauseam détruit les derniers espoirs. Le quizás de Nat King Cole devient le never more d’Edgar Allan Poe.

In the mood for love, Wong Kar-wai, 2000.

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