Incense oud

Incense oud, de Nicolaï.

Prostituée algéroise.

Au prétexte d’un récent séjour parisien, je me suis égaré, seul, dans le dédale des rues du Marais. Au hasard presque, je m’engouffrai dans la boutique des parfums Nicolaï, que je néglige à tort. Cette maison, pourtant, je la connais depuis longtemps. Un papetier élégant et raffiné – bien que genevois -, me permit, jeune homme, de m’imprégner des bougies et parfums d’intérieur. Et malgré cette proximité, je ne connais rien, ou presque, de cette enseigne, qui, sans ambiguïté, perpétue l’esprit – un peu bourgeois, certes – d’une belle parfumerie française.

La dernière création, Incense oud, ne déroge pas à ce classicisme, même si le choix de la matière principale – l’oud – s’inscrit dans un suivisme un peu déplaisant. Ce constat est amer; la critique, acerbe. Mais ces déclinaisons ad libitum d’une matière à la mode, d’une maison l’autre, me lasse et m’ennuie. Si le talent d’un créateur réside dans sa capacité de ciseler sa formule, il réside aussi – surtout? – dans sa capacité à s’extraire des tendances pour tendre à une intemporalité – qui tend nécessairement à la beauté.

Mais revenir à Incense oud. Le scénario est un peu convenu. L’oud – fut-il cambodgien – ne peut être, pour nous occidentaux, que évocation des ʻMille et une nuitsʼ. Et pourtant la subtilité, un peu évanescente, de cette composition nous éloigne irrémédiablement des ruses de Sherazade, ou de la paranoïa cruelle de Shahryar. La qualité rare de l’oud, l’évanescence de l’absolue de rose et la délicatesse de l’encens créent une atmosphère paisible, qui tranche avec celle lascive et délétère de ces veillées orientales. Incense oud est, au cœur du tumulte d’une passion, une respiration, qui offre quelques instants de répits précieux, mais qui n’apaisent pas la souffrance. Cruel, il permet seulement de la supporter encore un peu.

Incense oud, Patricia de Nicolaï, Nicolaï, 2016.

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